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Télétravail : des conditions toujours dégradées, mais une pratique plébiscitée par les salariés

Télétravail : des conditions toujours dégradées, mais une pratique plébiscitée par les salariés

Publiée le 07/09/2021

  • La rédaction de liaisons-sociales.fr
  • Dans son étude publiée le 6 septembre, l’Ugict-CGT soulève une dégradation des conditions du travail à distance, mode d’organisation qui reste pourtant plébiscité par les salariés. La fédération des cadres et ingénieurs CGT milite pour un encadrement renforcé du télétravail.
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Si le télétravail en mode dégradé observé lors du premier confinement reste encore la norme aujourd’hui, cette organisation reste largement plébiscitée par celles et ceux que la pratiquent. C’est le paradoxe qui ressort d’une vaste enquête dévoilée par l'Ugict-CGT le 6 septembre.

83 % des salariés indiquent ainsi bien vivre le télétravail et 98 % déclarent souhaiter continuer avec ce dispositif après la crise sanitaire mais sur une durée moindre, majoritairement autour d’un mi-temps. Seuls 14 % souhaitent continuer à travailler à distance à plein temps, indique cette enquête menée auprès de 15 000 personnes issues des secteurs public et privé (52 % sont employées dans des structures qui ont signé un accord collectif sur le télétravail). Les répondants mettent majoritairement en avant la diminution des temps de transport, un meilleur équilibre vie professionnelle-vie personnelle, une plus grande concentration et la souplesse sur les horaires de travail comme motivations principales pour être en télétravail. Deux tiers d’entre eux redoutent toutefois l’isolement tandis que la moitié craignent la sédentarité. Le brouillage entre les temps de vie professionnelle et personnelle, les difficultés à se déconnecter et le fait de télétravailler dans des conditions matérielles inadaptées sont aussi des risques identifiés par les salariés.

« Far west du télétravail »

L’enquête de la fédération syndicale des cadres et ingénieurs CGT, qui intervient après celle réalisée en avril 2020 sur le « travail confiné », montre que pour la majorité des salariés le travail loin du bureau continue à s’opérer de manière dégradée. « Nous sommes dans une sorte de far west du télétravail avec certains employeurs qui ne respectent pas le Code du travail et des indicateurs sur la santé des télétravailleurs qui sont autant de bombes à retardement », remarque Sophie Binet, co-secrétaire générale de l'Ugict-CGT.

Augmentation du temps et de la charge de travail

Selon l’organisation syndicale, les résultats de l’étude mettent en avant une forte augmentation du temps, de la charge et de l’intensité du travail des télétravailleurs. C’est en tout cas le sentiment de 47 % des répondants alors que dans le même temps 60 % des employeurs n'ont pas mis en place de dispositif pour garantir le droit à la déconnexion (contre 78 % en 2020). 75 % d'entre eux n'évaluent ni la charge de travail ni le temps de travail de leurs collaborateurs en télétravail. Concernant la séparation entre vie professionnelle et vie personnelle, deux tiers des répondants disent recevoir des sollicitations durant leurs périodes de congés, dont 10 % systématiquement.

Huit parents sur 10 affirment en outre avoir déjà fait l’expérience de télétravailler tout en s’occupant des enfants. Une organisation contrainte qui pénalise spécifiquement les femmes, qui sont un quart à signaler que le cumul télétravail et garde d’enfant était fréquent (contre 20 % des hommes). « C’est la double peine pour les femmes », analyse Sophie Binet.

Une prise en charge des équipements qui se limite à l’ordinateur portable

Les entreprises participent encore trop peu à la prise en charge de l'équipement de leurs salariés en télétravail soulève encore l’étude. La prise en charge des équipements et frais professionnels se résume ainsi à l’ordinateur portable. Seuls 10 % des répondants disposent d'un siège ergonomique financé par l'employeur, 40 % d'un écran adapté. « Rien d’étonnant malheureusement à ce que près de 40 % d’entre eux se plaignent de troubles musculosquelettiques (TMS) ou de migraines oculaires », indiquent les auteurs de l’enquête. Les indicateurs concernant la santé mentale sont également inquiétants avec 45 % des personnes interrogées qui se disent en alerte dépressive et 19 % présentant un symptôme dépressif d’après l’échelle définie par l’Organisation mondiale de la santé. Un taux plus dégradé pour les femmes (20 % contre 18 % pour les hommes), pour les agents de la fonction publique (21 % contre 18 % dans le secteur privé) et pour les TPE et PME (respectivement 31 % et 23 % contre 16 % parmi les très grandes entreprises).

Dégradation des collectifs de travail

Autre conséquence négative liée à la généralisation du télétravail : la déliquescence des collectifs de travail. Pour plus de la moitié des sondés (dont 57 % pour les managers), le travail est compliqué par la disparition des temps informels avec les collègues. Une majorité estime que l’esprit d’équipe s’est détérioré ainsi que la qualité des réunions. Deux tiers des sondés ont déjà ressenti de l’isolement. Parallèlement seuls 8 % des managers s’estiment tout à fait sûrs de pouvoir détecter une situation de mal-être ou de difficulté de leur équipe. « Malgré cela, moins de 2 managers sur 10 ont eu accès à une formation au management à distance ! », souligne l’Ugict-CGT

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Des élus fragilisés et marginalisés

Le syndicat des cadres et des ingénieurs observe enfin une dégradation des conditions de représentation du personnel avec des élus qui s’estiment fragilisés et marginalisés. Ils sont aussi près de deux tiers à juger qu’avec le télétravail, leur fonction est plus chronophage, plus stressante et entraîne davantage de charge mentale. Dans le privé, près de la moitié des représentants du personnel constatent que leur employeur leur interdit d’adresser des informations par mail aux salariés.

« Le télétravail va bouleverser durablement l’organisation du travail, il y a donc urgence à mettre en place des régulations collectives pour prévenir les risques sur la santé, empêcher le délitement du collectif de travail, et garantir le respect du droit. Il y a urgence à encadrer le télétravail pour en faire un levier d’amélioration de la qualité de vie au travail », conclut la fédération cégétiste, qui milite pour un encadrement renforcé de ce dispositif dans le Code du travail.

J-F. Rio