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Les difficultés de recrutement s’expliquent surtout par des facteurs internes aux entreprises

Les difficultés de recrutement s’expliquent surtout par des facteurs internes aux entreprises

Mis à jour le 30/06/2022

  • La rédaction de Liaisons sociales quotidien
  • « Des facteurs non observés liés notamment à l’activité interne de l’entreprise semblent jouer un rôle important dans l’explication des difficultés de recrutement ». Tel est l’apport principal d’un rapport de France Stratégie, publié le 21 juin. Ainsi, moins de 15 % de ces difficultés s’expliqueraient par la taille, le secteur, la localisation ou encore les qualifications recherchées.
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Alors même que le taux de chômage en France est plus élevé que la moyenne européenne et que le nombre d’établissements ayant au moins un projet d’embauche augmente, 44 % des entreprises anticipent des recrutements difficiles. Dans une étude du 21 juin, France Stratégie analyse cette situation paradoxale. Et la conclusion est claire : « la majeure partie des difficultés exprimées relève davantage de facteurs propres à chaque entreprise ». Elle note en effet que des établissements aux caractéristiques similaires ont des perceptions très différentes de ces difficultés, ce qui démontre que ce sont des spécificités subjectives qui les justifient avant tout. Pourtant, tel n’est pas le ressenti des recruteurs, qui expliquent plutôt les difficultés par le manque de candidats ou l’inadéquation de leurs profils aux offres d’emploi.

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Des difficultés de recrutement inégalement réparties

France Stratégie observe que le niveau des difficultés exprimées change sensiblement selon la taille de l’établissement, oscillant entre 50 % et 63 %. Ceux de taille moyenne ont les taux les plus élevés. Il évolue également en fonction de la fréquence des recrutements puisque les difficultés deviennent moins importantes lorsqu’un établissement recrute davantage, sauf pour les établissements de petite taille. Concernant la localisation, c’est dans les Pays de la Loire qu’elles sont le plus anticipées (65 % des établissements qui envisagent un projet de recrutement). En Île-de-France, cette proportion est de 56 %, et elle descend même à 50 % pour La Réunion et la Guadeloupe.

Les difficultés augmentent aussi parfois avec le niveau de qualification requis et la médiane du salaire du métier. Elles sont surtout plus notables au sein des secteurs où la pénibilité du travail est fréquente, comme dans la construction, les transports, la restauration et l’hébergement. Enfin, elles baissent à mesure que la densité de population dans la zone d’emploi croît.

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Le métier recherché reste un facteur observable déterminant…

L’étude s’attache à définir l’importance de chaque facteur observable précité dans l’explication des difficultés de recrutement. Parmi eux, le métier recherché occupe une place déterminante (10,5 %). Notamment, recruter sur un poste d’ouvrier de l’industrie et du BTP ou de technicien est bien plus difficile que pour des métiers tels qu’employé de libre-service, surveillant d’établissements scolaires, caissier ou journaliste. Jouent également, mais dans une moindre mesure, les spécificités géographiques et les conditions économiques environnantes de l’entreprise (densité de population, présence d’une zone d’attractivité, taux de chômage de la zone, etc. ; 2,1 %) ainsi que les particularités de l’entreprise (taille, chiffre d’affaires, secteur, etc. ; 1,4 %).

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… mais 86 % des difficultés sont liées à des facteurs propres à l’entreprise

Conclusion des données précédentes : le poids relatif des facteurs observés par rapport à ceux qui ne le sont pas n’est que de 14 % et les difficultés exprimées renvoient surtout à des conditions propres à l’entreprise. Notamment, l’étude identifie la qualité de la gestion des ressources humaines et du management, la psychologie du chef d’entreprise, ou encore l’image de marque de l’entreprise comme étant déterminantes. C’est aussi le cas pour les pratiques de recrutements, ou les conditions de travail et d’emploi (nature du contrat, équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, etc.), comme l’avait déjà montré la Dares (v. l’actualité nº 18561 du 30 mai 2022).

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Les actions ciblées en direction des établissements sont à favoriser

La réponse aux difficultés de recrutement anticipées devrait donc surtout être pensée en termes d’actions ciblées en direction des établissements prévoyant des difficultés, souligne l’étude. Elles pourraient, par exemple, prendre la forme d’un échange personnalisé avec chacun d’entre eux, pour examiner ce qu’il conviendrait d’améliorer dans leur processus de recrutement et les caractéristiques propres de l’entreprise, comme sa gestion des ressources humaines. Un effort ciblé sur les métiers en tension pour y augmenter l’offre de travailleurs pourrait également réduire sensiblement les difficultés de recrutement ressenties. France Stratégie se montre optimiste sur ce point, en notant qu’« il est rassurant de constater que ces deux priorités ont fait l’objet de nouvelles mesures récemment » (incitation aux formations envers les métiers en tension, programmes ciblés de Pôle emploi vers les PME pour réduire leurs coûts de recrutement).

Conditions de travail : Quel impact sur les difficultés de recrutement ?

Dans la lignée de l’étude de France Stratégie, la Dares a publié le 22 juin une analyse montrant que 85 % des employeurs qui signalent que leurs salariés sont exposés à des conditions de travail difficiles font face à des problèmes de recrutement. Les horaires atypiques ainsi que la difficulté à pouvoir faire un travail de qualité sont parmi les expositions professionnelles les plus associées à ces tensions à l’embauche. Ainsi, le risque relatif d’en connaître est multiplié par quatre dans les cas où plus de 10 % des salariés de l’entreprise vivent des horaires imprévisibles, et par deux si elle reste ouverte tous les dimanches. La Dares relève par ailleurs que les difficultés de recrutement sont d’autant plus sérieuses pour l’entreprise qu’elles sont souvent associées à des problèmes de fidélisation du personnel (DARES, Analyses nº 26, 22 juin 2022).